Michel Fugain : « en voiture, le respect des interdits, ça ramolli »
On imagine Michel Fugain sur un vélo, cheveux au vent, tendance « Big bazar ». Que néni : le chanteur est un fondu de voiture ! Il a même été pilote automobile semi-professionnel. Frêle et fort, tendre et virulent, le créateur de « C’est la fête » regrette le climat répressif actuel qui rend « idiot ». Michel Fugain a aussi la nostalgie des courses automobiles du côté de Grenoble, sa ville natale. J’ai rencontré un artiste sensible qui a trouvé son antre en Corse depuis 5 ans. « Attention mesdames et messieurs, dans un instant ça va commencer, installez-vous dans votre fauteuil bien gentiment, cinq, quatre, trois, deux, un, zéro, partez… »
Michel, aimez-vous parler voiture ?
Oui et c’est même amusant car ça fait toujours un peu café du commerce. La voiture, c’est terriblement important : quand l’industrie l’automobile ne marche pas bien, ce n’est pas bon signe. La voiture est un véritable marqueur de l’économie. Elle en dit long également sur les gens : on conduit comme on est !
« On conduit comme on est ! »
Pourquoi cette passion pour les voitures ?
La voiture me plaît car elle a quelque chose qui va avec l’homme. L’être humain s’est inventé un véhicule, c’est extraordinaire ! La voiture appartient à l’Histoire de l’homme qui vole aussi, qui s’expédie d’une planète à une autre. Si les voitures sont de plus en plus intelligentes, ce n’est pas un hasard. Mais malheureusement, si la sécurité progresse, cela ne crée pas des pilotes plus performants.
Comment conduisent les Corses ?
En Corse, les femmes conduisent assez lentement et les anciens interprètent le code la route. Les jeunes conduisent vite, c’est vrai. Mais ils sont largement battus par les touristes ! Les Corses aiment les bagnoles, ils possèdent des Porsche, des Ferrari et tous les bergers ont un 4×4. Pour ma part, j’ai opté pour un 4×4 Mitsubishi car sinon, dans ma propriété, je racle. Quand on quitte la Nationale , il n’y a plus que de petites routes : au moindre orage, la terre battue part rapidement avec l’eau qui ruisselle. Que dire de plus, à part qu’en Corse il y a moins d’habitants que dans le 15ème arrondissement de Paris. D’ailleurs je suis en désamour depuis de nombreuses années avec la Capitale : c’est bourré de crétins qui font des manœuvres à la noix. Plus qu’une ville, Paris est un parking ! Quel est le privilège ?
« Paris est un grand parking ! Quel est le privilège ? »
Les gendarmes et les Corses ?
On considère souvent les Corses comme farouches, rétifs à l’autorité, ce en quoi ils ont raison (Il rie à gorge déployée). Quand on a placé les premiers radars, tout le monde pensait qu’ils allaient prendre un coup de chevrotine… Finalement, tout le monde les a respectés parce que les Corses ont pris conscience de leur importance. Là-bas, de nombreuses familles ont perdu un enfant sur la route. Donc pas de révolte à ce sujet.
Votre première voiture…
Je suis Grenoblois d’origine et le jour où j’ai eu le permis dans la main, j’ai emprunté la Dauphine 947 FT 38 jaune paille de ma mère. Hélas, je me suis vautré dans le col de Luz. Du coup, j’ai mis un sac de sable de 20kg, le soir, côté passager, pour que les roues tiennent mieux. (Regard au loin, lui seul sait ce qu’il voit. Petit silence que des mots enchaînent vite). J’ai la nostalgie des virages que l’on prenait à fond quand j’étais jeune du côté d’Uriage. Un mec se tenait à chaque virage et on passait à fond la caisse ! J’ai fait un concert récemment dans la région et on sent que le gendarme peut surgir à tous les coins. Ah vraiment, il y avait beaucoup de frapadingues de l’automobile dans la région de Grenoble !
Comment avez-vous découvert le monde des pilotes automobiles ?
Pendant 4 ans, j’ai eu la chance d’appartenir au Star Racing Team, un rassemblement VIP organisé par Moustache, le roi de la fête, qui est mort depuis. Il me manque (Il insiste : il me manque). On tournait sur les circuits en préambule du Grand Prix de Monaco dans les années 80. Il mettait 17 bagnoles préparées à notre disposition. Seat, Citroën… J’en ai encore une dans mon garage : une AX Sport. Avec ses deux carburateurs Weber, c’est une bombe. Je ne la vendrai jamais.
Vous auriez pu être pilote professionnel ?
Non, car je n’avais pas le cœur assez gros…
L’automobile vous a-t-elle inspiré des chansons ?
Oui, une chanson d’amour qui s’appelle « Une balade en Bugatti »… Celle de 1930 ! Pas la Veyron !
Vous n’aimez pas la Veyron ?
Si ! Mais je trouverais ça indécent d’acheter un modèle si cher (ndlr, 1.5 millions d’euros).
La voiture de vos rêves…
Je me fiche de la forme de la voiture. J’ai été Porschiste, puis j’ai eu une Audi S, un peu plus lourde. J’aime les voitures qui ne paient pas de mine mais qui lâchent les fauves ! L’Audi RS est pour moi une vraie voiture qui a un monstre caché.
Comment conduisent les gens ?
C’est incroyable le nombre d’absurdité que je vois, notamment les feux de stop qui s’allument en plein virage. Je me dis « le con » ! (Rire). Heureusement, la voiture moderne pardonne tellement !
Comment trouvez-vous le climat actuel sur les routes ?
Nous sommes dans une société où l’on interdit tout. Du coup, ça ne développe pas l’esprit fonceur qu’on pourrait attendre quand on monte une entreprise, par exemple. Avec ce genre de climat, le mental de gagneur ne se développe pas. Le respect des interdits, ça ramolli ! Les gens ont énormément ralenti leur vitesse et je suis certain que ça les ralenti aussi dans leur tête. Quand on va vite, on ne peut se permettre d’être distrait, il faut sans cesse anticiper…
Que faudrait-il faire ?
Malheureusement, on ne peut pas vraiment faire autrement, on est trop nombreux. Mais il serait bien d’emmener les futurs conducteurs sur des circuits pour passer le permis de conduire, ce serait déjà pas mal. Il faut être intelligent pour piloter et ce n’est pas forcément donné à tout le monde d’avoir une vision, une intelligence de conduite… Devant l’étude des transferts de masse, certains abandonneraient. Globalement, les gens interprètent le code. La plupart sont des « sègues » (Il traduit ce patois Corse par « des empêcheurs de rouler tranquille » puis se met à rire). On a quand même une arme sous le pied, on peut tuer quelqu’un ou se tuer soi-même, comme avec une arme !
Pour ou contre le permis à point ?
Les points partent trop vite ! Retirer deux points pour une ceinture pas mise, c’est de la pure bêtise administrative ! D’ailleurs cela rend n’importe quel représentant de l’ordre zélé. C’est la porte ouverte à tous les abus de pouvoir. La force de l’ordre est butée, incapable de faire la part des choses. Je pense que ce système de répression où l’intelligence n’est pas de mise, c’est de la connerie Sarkoziste. L’interdiction n’a jamais rendu intelligent. Alors qu’il est temps de rendre les lettres de noblesse à l’intelligence. Il y a peut-être derrière tout cela une théorie du complot : on a intérêt à ce que les gens ne comprennent pas. Mais il y aura un retour de bâton, c’est sûr. Un jour on se réveillera en se disant « on nous prend pour des cons » ! (Michel Fugain rie). En tout cas, il n’y a pas de bonus au talent, ça se saurait.
« L’interdiction n’a jamais rendu intelligent ! »
La séduction au volant ?
Je ne mets pas à côté de moi une femme qui m’aime juste pour ma voiture.
L’écologie ?
J’ai été un des premiers à faire des chansons écolo. C’était dans les années 70. Qu’on soit tous avertis, c’est très bien. Mais au-delà des méfaits de la consommation, il faut aussi savoir que la terre parle à la terre. Exemple avec le Pinatubo qui a craché des pellicules de fumée pendant 25 ans. Je ne suis pas un éco-sceptique, mais si l’écologie devenait un dogme, je dirais non car je suis contre tous les dogmes.
Propos recueillis par Anne-Charlotte Laugier
Article passé dans Sport Attitude / Michel Birot

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